Le droit dans la saga Jurassic Park par Raphaël Maurel

Tous les livres juridiques ne se ressemblent pas ! La preuve depuis quelques années les éditions Enrick B publie de nouveaux ouvrages mêlant pop culture et droit. Tel fut déjà le cas pour la sage Harry Potter. Aujourd’hui LexWeb a le plaisir d’accueillir Raphaël Maurel Maître de conférences en droit public à l’Université de Bourgogne qui à eu la gentillesse de répondre à mes questions au sujet de la parution de son Livre «Le droit dans la saga Jurassic Park».

1. Bonjour Monsieur Maurel, pourriez-vous nous dire pourquoi vous avez choisi la saga cinématographique Jurassic Park comme terrain d’étude juridique ?

 Bonne question ! À vrai dire, j’avais déjà eu la chance de travailler sur Stars Wars, Harry Potter, Marvel, ou encore Kaamelott. Beaucoup de choses ont été faites sur d’autres thèmes (Disney, Star Trek, the Big Bang Theory…) et j’avais envie de travailler sur une autre œuvre. J’avais un peu en tête l’idée de rédiger une introduction générale au droit avec Rick et Morty, mais c’est beaucoup de travail que je n’avais pas forcément le temps de fournir au milieu de mes autres engagements. C’est un jour, dans le train, en regardant – pour la troisième fois – un article annonçant Jurassic World: Dominion que j’ai eu le déclic. C’était pourtant évident… je suis fan des dinosaures depuis tout petit (comme beaucoup de gens). Je collectionnais des figurines en plastique, connaissais les époques et une bonne cinquantaine de dinosaures avec leurs caractéristiques – peut-être même plus -, regardais régulièrement Jurassic Park où de nombreuses questions juridiques se posent et avais lu les ouvrages… toutes les conditions étaient réunies pour faire un bel ouvrage.

2. Quels sont les aspects juridiques de Jurassic Park que vous traitez au sein de cet ouvrage ?

Ils sont de deux types. D’une part, plusieurs contributions analysent la saga sous l’angle du droit «réel», c’est-à-dire en se demandant quelles règles appliquer aux activités qui sont montrées à l’écran ou dans les films. On se pose donc la question du statut des différentes îles (s’agit-il de locations en droit international, ou de concessions de voiries connues du droit administratif, et quelles sont les conséquences de cela ?), de la responsabilité pénale des différents acteurs, du statut juridique du dinosaure et de sa protection (est-ce un animal ? Une arme de guerre par destination ? Un trésor archéologique ? un réfugié climatique) ou encore du droit de la bioéthique du fait de la «désextinction» dont ils ont fait l’objet dans l’œuvre.

D’autre part, l’ouvrage analyse aussi la représentation du droit dans la saga. Personne n’a sans doute jamais voulu devenir avocat en voyant la célèbre scène des toilettes… et pourtant, la représentation de l’avocat est bien différente dans les ouvrages. On se demande aussi ce que font les Nations unies dans la saga, comment la justice est représentée – y compris dans la série La colo du Crétacé – ou encore quelle est la place de la propriété intellectuelle (droit des marques et droit des brevets) dans la saga.

3. Vous avez participé à des conférences mêlant pop culture et droit (Les superhéros au prisme de droit , le droit contre-attaque) à cet égard êtes-vous fan de pop culture ?

Oui ! Contrairement aux apparences, les professeurs de droit sont des êtres humains (en tout cas, la plupart d’entre eux) et ne font pas que du droit dans leur vie. Ils ont aussi des appétences culturelles, des goûts, des passions autres. Pour ma part, je suis musicien, mais aussi grand fan de Star Wars, de Harry Potter, de Tolkien et de beaucoup d’autres univers. Pouvoir utiliser ces univers au service d’un propos pédagogique (faire comprendre la règle de droit et/ou son importance) est, je crois, un atout pour mieux se faire comprendre. S’interroger sur la représentation du droit dans ces univers dépasse un peu ce premier niveau d’analyse et verse dans les sciences du regard, auxquelles les juristes ne sont pas forcément habituées. Cela permet néanmoins de comprendre et de faire comprendre certaines dynamiques du cinéma, qui sont d’ailleurs largement étudiées en relations internationales : l’image peut être une arme pour celui qui la diffuse – on le voit tous les jours sur les réseaux sociaux. Eh bien Jurassic Park, c’est pareil : c’est une certaine vision du droit et de son utilité dans la société. Spoiler : ce n’est pas très positif pour le droit.

4. Selon, vous la pop culture est-elle source de débat juridique à aborder au sein des cours universitaires ?

Je crois qu’elle peut être mobilisée au support d’un propos. Depuis deux ans, je débute mon premier cours de finances publiques, en L2, en projetant la première image de La Menace fantôme et explique que si l’ancienne République était un État unitaire (ce que je ne crois pas ; c’était une organisation internationale très intégrée, mais pas une fédération), sa disparition, et donc toute la saga, pourrait s’expliquer par une mauvaise gestion de ses finances publiques – et spécifiquement de sa politique fiscale. En général, cela «accroche» l’auditoire et les retours des étudiants sur ce type de pédagogie sont plutôt enthousiastes. Certains n’y voient aucun intérêt, mais la plupart disent bénéficier de l’un des deux objectifs visés ; soit la référence à la pop culture permet de «faire une pause» après un point de cours un peu technique et repose le cerveau avant d’attaquer autre chose… soit la référence est retenue par les étudiants et, par mnémotechnique, permet de mieux retenir le passage du cours auquel elle se rattache.

Au-delà de l’utilisation de la pop culture comme outil pédagogique, je crois que certains cours se prêtent à des débats juridiques sur les œuvres elles-mêmes. C’est notamment le cas en droit international, qui est souvent représenté de la pire des manières au cinéma. Il est, dans ce cadre, intéressant de voir comment les films américains diffusent (souvent sans le savoir) certaines doctrines juridiques bien différentes des nôtres, en donnant à voir des situations qui seraient de véritables casse-tête juridiques si nous y étions confrontés. À cet égard, les travaux du Centre de droit international de l’Université libre de Bruxelles sur le droit international et le cinéma, depuis quelques années, sont vraiment très éclairants.

5. Avez-vous d’autres sujets juridiques aussi originaux sur lesquels vous aimeriez écrire ?

Malheureusement, ou heureusement – je ne sais pas trop, il faudrait demander aux collègues qui ont la bonté de me relire -, beaucoup des sujets juridiques que j’ai envie de traiter sont «originaux». Je suis tout simplement attiré par l’étrange, l’inconnu (pour moi) et le mystérieux en droit. Je me suis par exemple intéressé au droit des armoiries (blasons, etc.), au droit des arbres et forêts, au droit de l’espace extra-atmosphérique, et ma thèse portait même sur une «science un peu bizarre» (l’expression est du Professeur Jean-Bernard Auby) : le droit administratif global – mais je ne vais pas développer ici ; contentons-nous, si vous le voulez bien, d’admettre que c’est bizarre. Tout cela m’amène souvent à m’interroger sur l’inexistence de telle ou telle règle ou de tel ou tel système normatif, et sur la manière dont les États – ou d’autres acteurs – comblent ces vides par des discours juridiques parfois perfectibles.

À côté de cela, j’ai tout de même des sujets de recherche beaucoup plus classiques et très enrichissants, comme le contentieux international, le droit de l’asile, les relations entre le droit international et l’éthique, ou encore le droit du numérique.

Vous pouvez acquérir ce très belle ouvrage ici 

Raphaël Maurel. Maître de conférences en droit public à l’Université de Bourgogne

 

Merci Monsieur Maurel pour cette interview

Vincent Gorlier

LW

 

 

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