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Les justiciers du Web

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“La plupart des hackers que j’ai rencontrés sont plutôt idéalistes”. Ces paroles de Mark Zuckerberg nous semblent bien correspondre au groupe Anonymous. Les visages cachés sous des masques de Guy Fawkes, héros du comics « V pour vendetta », ce collectif de pirates informatiques se présente comme les justiciers du XXième siècle. Mais ils ne sont pas les seuls à vouloir combattre l’oppression et les inégalités, puisque des fans de sagas littéraires se mobilisent également sur la toile. Représentent-ils une menace ou sont-ils véritablement des héros ? Petit tour d’horizon de ces justiciers 2.0.

Anonymous : “Nous sommes tout le monde et nous sommes personne. Nous sommes légion.”

Toutes les murailles informatiques du monde n’empêcheront jamais un cheval de Troie de franchir la porte. Ce précepte est celui du collectif Anonymous qui est à l’origine d’innombrables cyberattaques, visant des entreprises de toutes sortes et dont les plus célèbres ont eu lieu à l’encontre de Sony, en divulguant les adresses et mots de passe de dizaines de millions d’abonnés du réseau Playstation. PayPal et Mastercard furent également la cible d’Anonymous qui attaqua leurs serveurs avec un logiciel malveillant dont le nom semble tout droit sorti d’un film de science-fiction, “Canon à ions en orbite basse”. Mais les cibles d’Anonymous ne sont jamais choisies au hasard. Le culte de la gratuité, la lutte contre l’oppression, la dénonciation des moyens de surveillance, voilà quelles sont les valeurs de ce groupe insaisissable. L’action contre Sony avait pour but de venger un jeune pirate qui avait débloqué la console de jeux Playstation et contre qui la firme japonaise avait intenté un procès. De même, le blocage des transactions bancaires de Julian Assange, fondateur du site web dit «lanceur d’alertes» Wikileaks1, par Mastercard, Visa ou bien Amazon, fut perçu par les Anonymous comme une atteinte insupportable à la liberté.

Mais si Anonymous est désormais considéré comme un mouvement “hacktiviste” politique, tel n’a pas toujours été le cas, bien au contraire. En effet c’est en 2003 que des commentaires injurieux à caractères raciste et sexuel sont postés sur le forum de partage d’image 4chan, par des internautes dont le pseudonyme est celui proposé par défaut par le forum : Anonymous (“anonyme”). À cette époque, les Anonymous ne représentent qu’un groupe de jeunes à l’humour déviant. Ce n’est qu’en 2008 que le collectif changea son fusil d’épaule, et pris une dimension politique. Les opérations de piratage, le chantage et les menaces mis en scène par le collectif ont été abondamment couverts par les médias, à tel point que le magazine Time a, en 2012, élu Anonymous parmi les cent personnes les plus influentes du monde. Mais Anonymous n’est pas une personne, et ce n’est pas non plus un groupe. Qui peut revendiquer le nom d’Anonymous ? N’importe qui. Il s’agit d’un cerveau collectif d’une ruche virtuelle sans leader2. Capables de s’attaquer à l’Église de scientologie et aux policiers de la ville de Ferguson, ils soutiennent également Edward Snowden, ancien collaborateur de la NSA qui révéla en 2013 le nouveau système de surveillance de masse “Prism” auxquels les principaux géants de l’Internet participent (Google, Facebook, YouTube, Apple, Yahoo, etc.).

Cependant cette vindicte populaire sur la toile n’est pas sans conséquences. En effet, certaines révélations d’Anonymous se sont avérées erronées. Ce fut le cas lorsque le collectif révéla sur Twitter le nom du policier qu’ils pensaient coupable d’avoir abattu Michael Brown. Cette information fut rapidement démentie dès le lendemain lorsque les autorités dévoilèrent la véritable identité du policier responsable. Même type d’erreur après le suicide d’Amanda Todd, harcelée sur Internet : Anonymous rend public le nom du prétendu harceleur, qui au final a été innocenté, le véritable coupable ayant été arrêté par la suite.

Hunger Games et Harry Potter même combat

À côté de la guérilla numérique que mène Anonymous, existe également un engagement social, politique ou civique de la part des Fandoms. Il s’agit de communautés de fans de séries TV, de films ou de sagas littéraires. C’est le cas notamment des adeptes de Harry Potter et Hunger Games qui, reprenant les idéaux de leurs héros préférés, défendent des causes sociales, caritatives ou politiques. Ces actions sont menées à travers les forums et les réseaux sociaux, on parle de “médiactivisme”. Cependant, cet activisme dépasse les frontières de la toile et devient bien réel, à l’image de la création de la Harry Potter Alliance (HPA) comptant 100 000 membres à travers le monde et s’engageant dans diverses causes : par exemple, le droit au mariage homosexuel, ou encore la lutte contre le virus du SIDA aux États-Unis mais également dans les pays en développement.

Mais le fandom de Hunger Games reste le plus marquant. L’œuvre narrant l’histoire d’une lutte des classes où chaque année, pour se divertir, les plus riches organisent des jeux (les Hunger Games) dans lesquels les plus pauvres doivent s’entretuer dans une arène. Katniss Everdeen, gagnante des jeux, mène une révolte pour faire cesser ce massacre. S’inspirant de l’histoire, le fandom lutte contre les inégalités sociales, les abus de pouvoir, la pauvreté, l’exploitation, et la lutte contre la famine. Il défend ainsi l’accès aux soins, aux logements, aux médias, au vote, au chômage, aux transports, à l’éducation, et à l’alimentation, combat les inégalités de genre et défend les réfugiés politiques et les sans-papiers. Il s’intéresse également à l’environnement. Plus incroyable encore, Hunger Games devient le symbole des manifestants thaïlandais opposés au coup d’État qui a eu lieu dans leur pays le 22 mai 2014, en reprenant le signe de ralliement utilisé par Katniss Everdeen. Comme quoi le geai moqueur3 a encore de beaux jours devant lui.

Bibliographie4

Infographie sur les Cyber-Attaques dans le monde

Cyber-Attaques dans le monde

LW

  1. WikiLeaks est une association à but non lucratif dont le site web lanceur d’alerte publie des documents ainsi que des analyses politiques et sociales. Sa raison d’être est de donner une audience aux fuites d’information, tout en protégeant ses sources: Wikipédia []
  2. Time Magazine 2012 []
  3. Oiseau fictif, symbole de la révolte et apparaissant sur la broche portée par l’héroïne []
  4. Sources: Hacker, faussaire, lanceur d’alerte, espion: les nombreux visages d’Anonymous de Gabriella Coleman, We Are Anonymous de Parmy Olson, Les fans de Hunger Games, de la fiction à l’engagement de Mélanie BOURDAA []
anonymous colectuf homosecxuel lexweb

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