L’aventure d’Allaw : 4 révélations sur la startup qui veut réconcilier les Français avec le droit – LexWeb

L’aventure d’Allaw : 4 révélations sur la startup qui veut réconcilier les Français avec le droit

Franchir la porte d’un cabinet d’avocat ou décrocher son téléphone pour appeler une étude de notaire. Pour beaucoup, ce simple geste est chargé d’une hésitation, voire d’une véritable appréhension. Le monde du droit, perçu comme complexe et intimidant, érige souvent une barrière invisible entre les professionnels et les citoyens. Ce sentiment n’est pas qu’une impression : selon un sondage Odoxa, 75 % des Français trouvent l’accès au droit difficile. C’est sur cette faille béante entre les citoyens et leurs droits que Ludovic Stang a décidé de bâtir Allaw, une plateforme dont l’ambition dépasse largement la simple prise de rendez-vous. Car derrière cette solution technologique se cache une histoire bien plus surprenante qu’il n’y paraît, mêlant un parcours personnel atypique, un duo familial exceptionnel et une vision forte. Voici 5 révélations sur la startup qui pourrait bien changer notre rapport à la justice.

1. Le fondateur n’est pas un juriste, et c’est son plus grand atout

Le parcours de Ludovic Stang, cofondateur d’Allaw et « entrepreneur sur le tard », est la première clé pour comprendre l’originalité du projet. Il ne vient pas du monde du droit. Sa carrière s’est construite en direction commerciale et marketing (3M), puis dans l’implémentation de solutions de relation client (le CRM Salesforce) pour le groupe Suez. C’est en devenant consultant pour Doctolib, puis manager de transition pour une coopérative de notaires que l’étincelle a jailli. Il y a découvert un double problème : d’un côté, des professionnels du droit démunis face aux enjeux de la relation client ; de l’autre, des citoyens qui méconnaissent leurs droits les plus élémentaires. Un exemple factuel l’a particulièrement marqué : « moins de la moitié des PACS en France sont protégés par un testament ». Cette perspective d’expert en « customer experience », totalement étrangère aux cercles juridiques traditionnels, est précisément ce qui a transformé un simple constat en une opportunité de rupture. Son regard extérieur lui a permis d’identifier une faille majeure que les acteurs du secteur, trop immergés dans leur quotidien, ne voyaient plus.

2. Derrière la tech, un duo père-fils au parcours exceptionnel

Pour transformer cette vision en réalité, Ludovic Stang ne s’est pas lancé seul. Il a cofondé Allaw avec son fils de 21 ans, Germain. Et le profil de ce dernier est tout aussi remarquable. Germain a commencé à coder vers 8–10 ans et a été récompensé « plus jeune développeur au monde » par le géant de la tech Salesforce alors qu’il n’avait que 15 ans. Cette distinction lui a valu d’être invité comme speaker à la conférence Dreamforce de San Francisco en 2019, partageant l’affiche avec des noms comme Barack Obama et Tim Cook. Pour se consacrer pleinement au projet Allaw, il a mis en pause ses études en « computer science » à l’Université de Montréal. Leur collaboration repose sur une philosophie commune, parfaitement résumée par Germain : « Faire de la tech pour de la tech, ça a peu d’intérêt ; par contre, faire de la tech au service du plus grand nombre, ça, c’est vraiment notre sujet. » Cette synergie fait d’Allaw bien plus qu’une startup : une véritable aventure entrepreneuriale qui est avant tout une histoire familiale.

3. Bien plus qu’un « Doctolib du droit » : la vision du coffre-fort juridique

Si Allaw a démarré avec un modèle de prise de rendez-vous en ligne, sa vision va bien au-delà. Pour les professionnels, elle est une suite d’outils puissants conçus pour moderniser la gestion de leur relation client :

Création d’un fichier client exploitable à partir des données de prise de rendez-vous. Automatisation de campagnes de « sollicitation » – terme prudent désignant la communication proactive, un exercice hautement réglementé pour ces professions – afin d’informer les clients sur des sujets pertinents. Échange de documents sécurisé, avec une IA et un OCR (reconnaissance optique de caractères) capables de vérifier la validité et la conformité des pièces transmises.

Pour les particuliers, la vision est encore plus ambitieuse : créer le « coffre-fort de la vie juridique ». Sur le modèle du « dossier médical partagé », l’objectif est d’offrir un espace unique et sécurisé où chaque citoyen peut conserver et retrouver tout son historique juridique. Ici, Allaw opère un pivot stratégique majeur : passer d’un simple outil d’acquisition (un « Doctolib du droit ») à une plateforme de rétention et de fidélisation, créant ainsi une véritable douve concurrentielle dans un marché naissant. Cette approche transforme une prise de contact ponctuelle en une relation suivie, une rupture majeure dans le secteur.

4. Le paradoxe de la Legaltech, « parent pauvre » qui pourrait tout changer

Malgré un potentiel évident, la Legaltech reste, de l’aveu même de Ludovic Stang, le « parent pauvre de l’écosystème French Tech », une catégorie qui n’apparaît souvent même pas dans les panoramas de startups. Ce retard s’explique par la méfiance des investisseurs, échaudés par de précédents échecs, et le poids des institutions des professions réglementées comme le Conseil national des barreaux (CNB) et le Conseil supérieur du notariat (CSN).

Pourtant, dans ce contexte difficile, Allaw trace son chemin. La startup a obtenu des labellisations clés, comme le label Éthique du notariat, et a réussi à établir un dialogue constructif avec les instances, le ministère de la Justice et le ministère des Finances. Son succès se matérialise aussi financièrement par une première levée de 1,6 million d’euros bouclée en juin, tandis que des avancées majeures sont en préparation pour l’année 2026. Face à cette méfiance systémique, la légitimité d’Allaw ne repose pas que sur sa technologie. Elle s’ancre dans l’authenticité d’une mission personnelle, l’expertise client de son fondateur et un duo technique hors norme. Pour Ludovic Stang, les gains de productivité apportés par l’IA doivent servir à « réhumaniser la relation » client. Allaw se positionne comme l’outil parfait pour réaliser cette vision.

Et si la clé était humaine ?

L’histoire d’Allaw démontre que son succès ne repose pas uniquement sur une technologie performante. Il est le fruit d’un mélange unique entre une vision stratégique centrée sur l’expérience client, une exécution technique brillante portée par un duo père-fils, accompagnés d’une équipe de 10 collaborateurs engagés, et une mission profondément personnelle de rendre la justice plus accessible. Finalement, et si la véritable innovation pour moderniser la justice n’était pas seulement technologique, mais résidait dans la capacité à remettre l’humain au cœur du droit ?

Je remercie Monsieur Ludovic Stang pour cet entretien et longue vie à Allaw.

https://allaw.fr

LW

Vincent Gorlier

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